Créé
officiellement en février 2006, au sein de l'association
Les Amis de Lunéville, le Centre d’Etudes
et de Recherches sur les collections de la Maison de Lorraine et
du roi de Pologne remonte, dans les faits, à une origine
plus ancienne puisque les premiers travaux que nous avons entrepris
à ce sujet l’ont été dès la fin
de l’année 2001.
A la manière
d’une Belle au bois dormant, le château de Lunéville
semblait, à cette date, se résigner à sa destinée
léthargique qui se perpétuait depuis plusieurs décennies.
Pour beaucoup, l’immense monument restait une bâtisse
familière, certes, mais également désuète,
voire saugrenue en cette fin du XXe siècle, qui se voulait
à l’avant-garde du nouveau millénaire.
Les fastes
de la Cité cavalière déclinaient eux aussi, inexorablement.
Le monument embarrassait davantage qu’il ne valorisait la ville
dont les capacités budgétaires étaient devenues
insuffisantes pour entretenir un monument créé à
l’échelle des duchés de Lorraine.
Converti en
quartier militaire et en local administratif, le palais des ducs de
Lorraine ne conservait qu’un petit espace rappelant son illustre
prestige : le musée municipal avec ses collections constituées
grâce aux dons de Lunévillois généreux
; la Salle des Trophées, convertie en lieu de réception
pour les grandes occasions ; un ensemble de salons, transformés
en mess des officiers ; enfin un Saint des Saints, le logement du
général-gouverneur de la place.
A l’exemple
du château de Commercy, autre résidence ducale au XVIIIe
siècle, une telle affectation militaire, depuis 1766, sauva
le monument qui n’aurait sans doute pas survécu à
la période révolutionnaire.
Deux ans avant
le tragique incendie du 3 janvier 2003, l’idée d’une
grande exposition parisienne aux dimensions internationales a germé.
Un tel projet avait l’ambition de réveiller les consciences
en faisant apparaître ce grand vaisseau, devenu si morne et
si triste, dans l’éclat de ses plus beaux jours.
Le château de Lunéville
vu des Chartreuses Huile sur toile provenant de la Galerie
du château d'Einville
ancienne collection du château de Lunéville
détruit lors de l'incendie du 3 janvier 2003
Certes, il
fallait ressusciter une époque antérieure à la
Révolution, encore farouchement condamnée dans beaucoup
d’esprits. De surcroît, il convenait aussi de rendre au
duc Léopold et à son temps une paternité appartenant
à l’authentique bâtisseur du château de Lunéville.
« Désacraliser » le personnage de Stanislas Leszczynski,
restituer à Lunéville sa place de capitale des duchés
de Lorraine et de Bar…. étaient autant de gageures qu’il
convenait d’opérer dans la plus grande sérénité.
Arrivé
presque à son terme, le projet fut annulé.
Le sort avait eu raison de la tentative.
Afin de ne pas perdre le bénéfice des recherches et
des découvertes faites par l’équipe de scientifiques
qui avaient accepté de s’associer aux travaux conduits
par le commissariat de l’exposition, le fruit de ces études
fit l’objet d’un premier ouvrage Lunéville, fastes
du Versailles lorrain,
publié grâce au généreux soutien d’un
éditeur ami.
Au terme de
cette première étape, il devenait manifeste que le sujet
devait être développé sur une plus grande échelle.
L’incendie du château rendait nécessaires des investigations
qui dépasseraient le cadre local ou régional. Par ailleurs,
le chantier étant si vaste, il était logique de penser
que toutes les contributions pourraient être acceptées,
surtout si elles se révélaient efficaces et constructives
pour la résurrection du monument.
Aborder l’histoire
du palais des ducs de Lorraine sous l’angle de ses collections
n’était pas chose facile. Peu d’éléments
subsistaient, peu de pistes avaient été explorées,
et surtout, c’étaient là se heurter à de
vivaces préjugés qui nourrissaient tantôt un manque
d’intérêt pour ce thème, tantôt les
rancoeurs des Lorrains reprochant au duc François III, puis au
roi Louis XV, d’avoir spolié les richesses artistiques
de la province en s’appropriant, à deux reprises successives
et à trente ans de distance (1737 et 1766), les œuvres d’art
et le mobilier qui ornaient cette demeure princière.
Le jour même
où ce premier ouvrage était présenté symboliquement
à Lunéville au cours d’une cérémonie
qui devait mettre également un terme à une tolérance
trop longtemps concédée d’explorer un univers historique
si âprement défendu par quelques autorités intellectuelles
locales, nous recevions la photographie d’une nouvelle console
aux alérions et à la croix de Lorraine conservée
en collection privée
. A l’évidence donc, ce que nous avions suspecté
se révélait probablement exact : les collections de la
Maison de Lorraine et du roi de Pologne n’avaient peut-être
pas totalement disparu.
Depuis lors,
malgré de nombreux obstacles et incompréhensions, nous
nous sommes attachés à poursuivre ces investigations en
ne négligeant aucune direction.
Les résultats
furent bien supérieurs à nos espérances et, pour
certains, particulièrement probants. Ils furent publiés,
en 2006, dans un second volume Lunéville, fastes du Versailles
lorrain.
A titre d’exemples,
citons la redécouverte du grand coffret en cristal de roche offert
par le pape Clément VIII à Henri IV à l’occasion
de la naissance de Louis XIII et qui appartint à la duchesse
Elisabeth-Charlotte, épouse du duc Léopold
et, plus récemment encore, le meuble brodé, présent
de Louis XIV à son frère en 1692, pour l’ameublement
du Palais-Royal, puis offert à nouveau, en 1725, cette fois par
le duc d’Orléans
à ses oncle et tante, le duc et la duchesse de Lorraine, lors
de son passage à Lunéville, sur le chemin de Strasbourg.
Reflet du meuble
brodé qui éblouissait les visiteurs de la Salle du Trône
du Roi-Soleil à Versailles, cette dernière découverte
est assurément à ce jour la plus prestigieuse de toutes
celles effectuées depuis de nombreuses années sur les
collections de la Maison de Lorraine.
Elle fera l’objet, en mars 2008, d’une publication importante.
Le Centre d’Etudes
et de Recherches poursuit ses activités en de nombreuses directions.
Il espère, d’ici deux ans, pouvoir présenter les
résultats de ses nouvelles découvertes dans un cinquième
ouvrage .
Chacun est invité,
s’il le souhaite, à contribuer à ses travaux.
Afin de financer l’ensemble de ses activités, le Centre
d’Etudes et de Recherches sur les collections de la Maison de
Lorraine et du roi de Pologne fait régulièrement appel
au mécénat d’entreprise ou privé.