Centre d'études et de recherches sur les collections de la Maison de Lorraine et du roi de Pologne

 

 

 
 
 
 
 
 
 

Compteur de visites individualisées

   

 

Chez nos politiques... les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent !

 

Depuis 10 ans, le Conseil général de Meurthe-et-Moselle assurait vouloir non seulement restaurer le château de Lunéville mais également restituer les décors d'origine de ses intérieurs endommagés par le feu pour y présenter les anciennes collections municipales épargnées ainsi que les dons offerts postérieurement ou encore les nouvelles acquisitions faites par le Département grâce au dédommagement offert par les compagnies d'assurance.

A lui seul, ce dernier point mériterait un examen très attentif puisque l'indemnisation de ces dommages à été effectuée au profit du Département mais tout naturellement à celui de la Ville de Lunéville, propriétaire des collections disparues... mais c'est là un autre sujet particulièrement épineux !

Depuis dix ans donc l'attente se fait patiente. Tout en acceptant de fermer les yeux sur des incertitudes toujours plus entretenues au fil des ans, les contribuables assistent impuissants à la programmation d'animations pour la plupart aussi dispendieuses qu'insignifiantes.

Un article du 5 février 2012 paru dans "La Croix" permet de dissiper toutes les interrogations grâce aux propos du président Michel Dinet recueillis par Elise Descamps : A l'avenir, il n'y aura plus de reconstruction à l'identique car cela coûte trop cher... en revanche les prochains budgets "animations" ne seront pas revus à la baisse !

Encore de l'argent public jeté par les fenêtres !

Il serait grand temps de ne plus vouloir à tout prix marcher sur la tête et consacrer l'argent public réellement à la conservation et la restauration du patrimoine.

 

 

 

 

 

Lunéville,
"château des Lumières" ou des "Anti-Lumières" ?


Alors que les services de communication du Conseil général de Meurthe-et-Moselle cherchent à valoriser –et parfois très justement- les travaux accomplis en dix ans au château de Lunéville par cette institution propriétaire du monument, à travers la publication d’un tonitruant tiré à part édité par l’Est républicain publié le 5 janvier 2013, il semble légitime de s’interroger sur le bien-fondé d’une formule utilisée à satiété, forgée très vite après le tragique incendie de 2003, celle de château des Lumières, substituée à l’appellation de château de Lunéville qui prévalait tout naturellement jusqu’alors.

Cette question, qui jusqu’ici a toujours été soigneusement repoussée pour ne jamais remettre en cause le sens donné à cette initiative, mérite d’être évoquée en profondeur dans ses deux versants à la fois conceptuel et historique. Cette référence au Siècle des Lumières ne serait-elle, en effet, qu’un anodin outil de propagande destiné à sensibiliser la communauté internationale sur l’avenir d’un malheureux palais ravagé par les flammes en cherchant à hisser sa renommée à la hauteur de celle du château de Sans-Souci à Postdam où Frédéric II s’est plu à recevoir toute l’intelligentia européenne au temps des Lumières ?

L’instrumentalisation d’un concept :

Vouloir, par cette hasardeuse terminologie, tirer le vieux palais des ducs de Lorraine de son interminable léthargie ne semble pas être la motivation essentielle de l’adoption de ce nouveau vocable. En effet, la référence au Siècle des Lumières semble instrumentalisée par les concepteurs de ce projet pour apparaître le fer de lance d’idées « avant-gardistes » cherchant à faire prévaloir sur les réalités à la fois historiques et matérielles du château et de son parc la mise en œuvre d’une idéologie partisane, politiquement orientée à gauche. Ayant forgé de toutes pièces une interprétation dualiste de l’histoire de France, cette conception fait de la Révolution de 1789 et du mouvement philosophique qui l’aurait préparée, le socle incontestable et définitif de la refondation de la nation française.

Se pencher sur la restauration du monument à travers un prisme conceptuel aussi idéologique et aussi étroit risque d’aboutir à l’adoption de thèses et d’interprétations erronées et de mettre en œuvre des choix particulièrement discutables.
Parmi ceux-ci, l’un des plus représentatifs, nous l’avons évoqué dans le n° 208 (mars 2010) de la revue "Sites et Monuments", a porté sur le refus de la restitution de l’autel de la chapelle. La justification de cette décision, portant davantage la signature d’une laïcité combative, a été adroitement travestie pour faire croire que ce choix était justifié par une conséquente emprise sur le sol de la surface nécessaire à l’installation de l’autel et de son emmarchement. Conçue par l’architecte Germain Boffrand avec de larges baies pour faire entrer la lumière naturelle du jour, la chapelle est désormais une nouvelle fois dénaturée puisqu’elle est à présent plongée dans une obscurité totale, ses ouvertures ayant été entièrement occultées par de lourdes tentures noires nécessitant un éclairage artificiel permanent. On ne s’y serait pas pris autrement si l’on avait souhaité, en défigurant cet espace, lui permettre de servir de cadre à quelques tenues initiatiques maçonniques, à l’exemple de ce que certains historiens rapportent avec une assurance déconcertante au sujet du Kiosque construit par Stanislas dans les Bosquets !

 

 

Il en va de même pour l’ancienne Salle où le Roy mange, restaurée elle aussi après avoir retrouvé son ancien pavement de carreaux de marbre blancs et noirs. Malgré les déclarations qui annonçaient le ré-ameublement du château, aucune œuvre d’art n’y est encore exposée comme dans tout le reste des salles nouvellement ouvertes à la visite.
L’argument de l’absence de sécurité de ces salles ne saurait être évoqué. Il serait en effet difficile de justifier le récent recrutement d’une escouade d’agents de surveillance pour assurer le gardiennage d’espaces… pourtant désespérément vides.

 

 

Quant au parc du château, la situation est tout aussi affligeante.

Le récent numéro 9 des Cahiers du Château s’ouvre sur ce thème avec un article illustré dans ses deux premières pages par deux grandes images placées symétriquement pour mieux faire ressortir les rapprochements existant entre les jardins de Versailles (presque vides de visiteurs sur le cliché choisi) et ceux de Lunéville (avec une grande affluence de peuple !). Mais cette référence, historiquement justifiée, n’est aujourd’hui que théorique tant les états de conservation des deux domaines sont différents. Défiguré par une statuaire contemporaine insignifiante, vulgaire et prétentieuse devenue pérenne (songeons au merveilleux Corburinthe qui ne passera peut-être pas l’hiver !),

 

 

le parc de Lunéville délaisse ses éléments anciens classés ou inscrits au titre des Monuments historiques,

 

(Janvier 2013: les statues originales de Barthélemy Guibal réalisées vers 1720-1730 sous les rigueurs de l'hiver)

 

 

 

 

introduisant, dans l’axe principal Est-Ouest, tantôt des cabanes de bois rudimentaires en principe « éphémères » (?) pour évoquer les anciennes Chartreuses bâties en contrebas du jardin par le roi de Pologne ; tantôt une construction sur pilotis pour accueillir, à l’entrée de la Cour d’honneur, les visiteurs ayant franchi les grilles délabrées et rouillées du monument,

 

 

sans oublier les insolentes installations contemporaines de Paul Flickinger et de Didier Pozza (le Corburinthe) qui encombrent pompeusement les deux côtés de cette cour majestueuse.

 

 

En succombant à la tentation de faire du monument et de son domaine une sorte de centre d’expérimentation « culturelle », relais du pouvoir politique départemental, Le château de Lunéville et son parc n’offrent, malgré les effets d’annonce, aucun reflet authentique de l’éclat du Siècle des Lumières. La figure de Stanislas Leszczynski, le roi « philosophe » que le Conseil général et ses satellites ont cherché à récupérer pour cautionner des choix arbitraires coûteux, vides de sens et enfantins,

 

 

ombre du véritable personnage historique, n’est qu’une marionnette agitée de temps à autre, afin de mieux donner le change aux contradicteurs ignorants. Pourtant les ressources intellectuelles internes ne manquent pas au sein de la conservation du château : les publications éditées lors des expositions présentées, les études publiées par le responsable des recherches documentaires sont toujours extrêmement pertinentes, fort bien documentées, respectueuses de l’histoire du monument et soucieuses d’apporter une contribution utile à l’avenir du château et de son parc !

Du côté de l’Histoire:

De ce point de vue, les faits sont encore plus implacables :

1 : L’appellation Château de Lumières repose tout d’abord sur une première double fiction.
Celle-ci voudrait faire croire d’une part que Stanislas Leszczynski, uniquement respectable pour être « ami » des philosophes, est le bâtisseur du palais des ducs de Lorraine (comme l’a affirmé pendant longtemps l’un des sites internet officiels) et d’autre part faire de Voltaire l’hôte habituel du château de Lunéville, justifiant de la sorte l’appellation Château des Lumières. Or ce dernier ne s’y est rendu qu’à quelques reprises. Une première, en 1720, fois pour trafiquer en bourse ou encore en 1735 sous la régence de la duchesse Elisabeth-Charlotte, veuve du duc Léopold et nièce de Louis XIV (horresco referens). C’est, du reste, à l’issue de ces premières visites que Voltaire compare Lunéville à Versailles dans une formule inlassablement reprise par les concepteurs de l’appellation Château des Lumières pour en faire le paradigme significatif d’un anti-Versailles. Le dernier arrêt débute vers le 20 juillet 1749, mais tourne court en septembre de la même année après la mort de Madame du Châtelet et surtout après la cuisante vexation essuyée par le philosophe faite par l’intendant du roi et grand-maître des cérémonies, François-Antoine Alliot, sans que le roi Stanislas n’intervienne en faveur de l’hôte illustre pour faire immédiatement cesser pareille « injure ». En fait, Stanislas s’est amusé aux dépens du philosophe qui, piqué et comprenant la leçon, ne reviendra jamais à Lunéville au cours des 17 dernières années du règne de son « bienfaiteur » qu’il a soin toutefois de ménager afin que l’incident ne s’ébruite le moins possible !

2 La fiction du roi philosophe :

Stanislas Leszczynski est-il un roi philosophe ? Son ouvrage en trois volumes, édité en 1763, Œuvres du philosophe bienfaisant, pourrait à première vue venir appuyer cette proposition. Mais l’ancien roi de Pologne n’est en rien comparable à son “cousin” prussien Frédéric II, authentiquement philosophe en esprit.
Stanislas utilise sa plume davantage pour soutenir les vues du clan des Dévots regroupés à Versailles autour de sa fille, Marie-Leszczynska, et du Dauphin, fils de Louis XV.

Trois témoignages, au moins, apportent une confirmation sans équivoque de notre allégation.

- En 1755, lors de l’inauguration de la Place Royale, Stanislas fait représenter à la Comédie une satire du nancéien Palissot, intitulée Le Cercle ou les Originaux. Le souverain se plu à rire en écoutant cette farce réunissant un poète raté, une femme savante, un financier vantard… et surtout un philosophe, Blaise-Nicodème le Cosmopolite, assimilé à Jean-Jacques Rousseau. Lorsque les échos de ces royales hilarités parvinrent à Paris, l’indignation du parti philosophique si fraîchement raillé, fut à son comble. L’affaire Palissot allait débuter au moyen d’une artillerie formidable alimentée par le clan des philosophes pour châtier ce misérable auteur qui dénonçait certaines de leurs inepties.
- Fille de la célèbre Madame Geoffrin qui, elle, est bien l’amie des philosophes et surtout de Diderot, la marquise de la Ferté-Imbault professe des convictions opposées à celles de sa mère. Elle appartient au parti anti-philosophique et s’en vante à qui veut l’entendre. Ayant accompagné à Lunéville puis à Plombières la princesse de la Roche-sur-Yon durant l’été 1748, liée d’amitié avec le roi Stanislas, Madame de La Ferté-Imbault débute une correspondance plaisante (que nous avons publiée en 2011) avec le souverain. Ces lettres montrent combien Stanislas, sans être un opposé farouche, se moque de ces philosophes qu’il trouve, comme son interlocutrice, arrogants et obtus.
- Pour finir, nous voudrions citer un dernier témoignage irréfragable, sans doute le plus important. Il s’agit de vers inédits à ce jour, écrits par le plus farouche des opposants à la « secte philosophique », Jean Fréron, immortalisé par la célèbre épigramme composée par Voltaire, son plus grand ennemi, pour le ridiculiser : « L’autre jour, au fond d’un vallon, / Un serpent piqua Jean Fréron : / Que pensez-vous qu’il arriva ?/ Ce fut le serpent qui creva ! » Cette brève pièce en vers, que nous venons de retrouver, écrite par l’ancien jésuite, directeur de l’Année littéraire de 1754 à 1776, est donc composée par Fréron à la gloire de l’un de ses protecteurs, Stanislas Leszczynski : « Imitation en vers François des deux vers latins composés pour être mis au bas du portrait du roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar : « Sceptra dedit virtus : rapit fortuna ; / Superstes fortunam subigit, prolemque coronat. » La vertu le mit sur le trône : / Le sort l’en a précipité : / la vertu, que sa chute étonne, / Le venge du sort irrité ; / Et sa main pour toujours couronne/ Son heureuse prospérité ». (Voir rubrique « Nouvelles découvertes » Janvier 2013).

La farce composée en 1755 à la demande de Stanislas pour se moquer de Jean-Jacques Rousseau, l’amitié prolongée avec la marquise de la Ferté-Imbault, ambassadeur infatigable à la Cour comme à la Ville des anti-philosophes et enfin l’éloge composé par Fréron met définitivement à mal la périlleuse construction élaborée pour le compte du Conseil général de Meurthe-et-Moselle, faisant du Lunéville de Stanislas le haut-lieu de la pensée philosophique et un temple travaillant au renversement de l’Ancien Régime !

Hélas non, le château de Lunéville ne saurait être un château des Lumières comme Sans-Souci pourrait en revendiquer le titre. Mais de nos jours, à Postdam, qui songerait sérieusement à poursuivre un objectif aussi incongru et finalement sans grande signification au regard de l’Histoire ?

 

 

Pour autant, le château de Lunéville pourrait-il s’autoproclamer Château des Anti-Lumières ?
Ce serait là commettre la même erreur, mais à l’inverse, que celle qui est présentement orchestrée depuis 10 ans au sein du Conseil général de Meurthe-et-Moselle.

Chrétien et parfois qui plus est dévot caricatural, même s’il lui arrive souvent de se détourner du droit chemin de la morale, Stanislas possède un esprit ouvert. Affable, il reçoit généreusement sans sectarisme les visiteurs qui se présentent chez lui. Jovial et facétieux, les grincheux l’ennuient. Rieur, il aime à se gausser des prétentieux ou des importuns.
Voltaire, Rousseau en firent les frais, tout autant que son confesseur le P. de Menoux ou d’autres jésuites qu’il protégeait à Nancy ! Mais, l’ancien roi de Pologne n’entrera jamais en croisade contre les philosophes. Plus simplement, leurs papillonnements et leurs extravagances le divertissent.

oOo

Le château de Lunéville renaît lentement de ses cendres.
Plusieurs générations seront nécessaires pour achever l’œuvre amorcée.

Inévitablement les grandiloquences actuelles passeront à moins que les esprits facétieux du XXIIe siècle, pour s’en amuser, ne déterrent la formule emphatique élaborée dans cet article du 11 janvier 2013 par le Conseil général pour célébrer avec fanfare ces dix années d’efforts mêlés de propagande idéologique, de grand’messes séculières (qu’on se rassure !) et plus encore d’autosatisfaction :

Une nouvelle vie [du château des Lumières] pour éclairer le siècle !

En fait, en retranchant un “s” aux derniers mots de cet alexandrin, que de modestie dans la formule adoptée !